J’aime le cinéma, j’aime Internet, ça me fait deux belles raisons d’aimer le copyleft.

16.février.2012 art libre Copyleft Kassandre cinéma

Photo : J. Paris - Licence Art-Libre

J’aime le cinéma, cela va sans dire.
J’aime les films. Et j’aime les regarder et en découvrir parce qu’à chaque fois que je les regarde je suis naïf comme au premier film.
Je n’aime pas toujours tous mes films, mais j’aime faire des films, et finalement j’y parviens toujours. Il y a des obstacles, c’est certain, mais généralement j’y arrive. J’aime penser que le cinéma est apparu par nécessité et que celle-ci demeure. Et elle se fait insistante, semble-t-il, puisque que nous sommes toujours plus d’amateurs !
J’aime Internet aussi. Comment ne pas être touché, au plus profond de sa sensibilité cinéphile, par le seul média qui nous permet de découvrir autant de films, et d’aussi divers et singuliers ?
De même, pour un cinéaste c’est une façon efficace et peu coûteuse de diffuser ses films et de rencontrer un public. Télécharger n’est pas voler, copier ne dépossède personne et transformer n’est pas détruire. Cela fait du bien aux films d’être vus, et donc d’être copiés. Cela permet aux auteurs de rencontrer un public et à ce dernier de découvrir des auteurs.
J’aime le cinéma, j’aime Internet, ça me fait donc deux belles raisons d’aimer le Copyleft.

Prendre soin du public

Faire le choix du Copyleft c’est donner au spectateur des autorisations de copie, de redistribution, ou de transformation d’une œuvre, mais ce n’est pas seulement ça, car pour cela les gens se passent bien d’obtenir une autorisation. Et ils ont bien raison, parce que c’est la nature même du réseau qui veut ça : Ctrl+c, Ctrl+v, pourquoi offrir la facilité technique de copier tout en maintenant l’interdiction légale de le faire ?
De plus, si on copie, si on partage c’est d’abord parce qu’on aime. Et aimer est un sentiment qui ne s’encombre pas d’autorisations.
Non, par contre, faire le choix du copyleft permet de protéger le public. C’est à dire lui assurer une totale sécurité juridique, lui garantir que lorsqu’il télécharge un film libre il sera pas poursuivit par Hadopi ou toute autre police. Il peut aimer en toute quiétude.

Ne pas servir de prétexte

À l’inverse, c’est aussi le moyen pour qu’on ne se serve pas de moi et de la supposée défense de mes droits d’auteur pour faire voter des lois liberticides et procéder à des descentes de police. La supercherie n’échappe à personne : les lobbies qui sont derrière les lois Hadopi, ACTA et j’en passe ne se soucient absolument pas de protéger les artistes contrairement à ce qu’ils prétendent. Outre le fait que pour ma part je ne me sente nullement agressé lorsqu’on télécharge mes films, donc nul besoin de me « protéger », les véritables motivations de ces lobbies sont toutes autres. Ces législations visent clairement à installer une surveillance généralisée de la population, à brider la liberté d’expression, à maintenir des monopoles totalement dépassés, ou bien pire encore : limiter l’accès aux soins (voir : lqdn.org/acta).
Tout cela au prétexte de protéger les droits d’auteurs. C’est tellement grotesque que si le sujet n’était pas aussi grave on pourrait en rire.
C’est heureux, cela ne passera par moi. Mes films sont libres, je ne m’oppose pas au partage, je l’aime et je l’encourage.

Marcher dans le sens de l’histoire

Ceux qui crient à la mort du cinéma sont ceux qui le pratiquent depuis 40 ans, qui en ont bien vécus et qui en vivent encore confortablement. Comme Jérémie Nestel le rappelle (voir : Droit d’auteur, quel héritage ?) le code de la propriété intellectuelle n’a pas toujours été de soit. Il a été imposé pour créer artificiellement de la rareté sur le monde des idées et permet aujourd’hui à une minorité de personnes de vivre de rentes.
Ce système permet de satisfaire plus longtemps ceux qui détiennent les catalogues de musique ou de films. Dans l’édition on dit : “un bon auteur est un auteur mort”, dans la musique on ne le dit pas mais on le pratique, et dans le cinéma on est beaucoup plus risible puisqu’à défaut de pouvoir servir au public la ré-édition en l’état d’un vieux film on nous ressert régulièrement l’exploit de sortir simultanément deux films qui ne sont tous les deux que le remake du même scénario.

Mais les choses changent. Et les opportunités offertes par Internet et le copyleft pour dessiner un nouveau paradigme ont toutes les raisons de nous réjouir. Laissons le pessimisme aux vieux hypocrites et allons de l’avant, c’est une belle preuve de vie pour un film, d’être libre.

Joseph Paris.
Voir : kassandre.org